

La chambrée « Mimosa »
Dans le camp de baraques où était logé mon grand-père à Eger, les requis étaient rassemblés par groupe de vingt. Unités d’habitat collectif, ces chambrées étaient des groupes de sociabilité et de référence, avec leur organisation, leurs habitudes, leurs signes. Dès les premiers jours de son séjour en Allemagne, cet aspect ressort nettement des lettres de mon grand-père, comme si ce mode de sociabilité avait été déjà en place et rapidement intégré. Revue de chambrée en 5 point
25 mai6 min de lecture


« Cette pauvre baraque »
À Eger[1], mon grand-père était hébergé dans une baraque. Je m'attache ici à décrire ses conditions matérielles de logement, avant une revue de chambrée dans un autre article. Intérieur d’une baraque conçue pour les travailleurs forcés (source : Archives de la ville Waldshut-Tiengen) Pour loger les millions de travailleurs et prisonniers de guerre déplacés en Allemagne[2], le régime nazi eut recours dans l’urgence à des constructions légères, rapides et aménagées sommairemen
24 mai5 min de lecture


Un singe en Eger
Dans la première lettre qu’il adresse à ses parents à son arrivée à Eger, mon grand-père fait le point sur son installation dans sa chambrée. Il mentionne la présence d'un singe. Qu’est-ce que cet animal exotique pouvait bien faire dans un camp de travailleurs requis, à deux pas d’une usine aéronautique ? Comment avait-il pu arriver là ? Avec qui ? Photo extraite du documentaire de Jean-Christophe Rosé « 39-45, les animaux dans la guerre » « Et nous avons un petit singe surn
24 mai2 min de lecture


Robert C., un requis permissionnaire qui écourte son exil
« Tous deux ici, on est comme des frères », écrit mon grand-père le 22 avril 1943 pour parler de sa relation avec Robert C., originaire de Beaune et travailleur requis à Eger comme lui. Après 6 mois d’exil, Robert C. réussit à rentrer en France grâce à une permission qui lui a été accordée. Il ne reviendra pas à Eger. Résultats du certificat d'études primaires à Beaune en 1934 où figurent mon grand-père, Jean D., et Robert C. (journal Le Bien Public du 4 juillet 1934, p.6 ; s
18 mai7 min de lecture


Un gars ordinaire
« Mais que lui trouves-tu à ce grand-père ? Il n’a rien d’extraordinaire » : telle fut la première réaction de mon ami professeur d’histoire à la retraite, après la lecture de quelques lettres de mon grand-père. Un peu piqué au vif, je lui répondis avec des arguments que je reprends ici et que je complète, en écho à d’autres remarques que m’ont adressées des lectrices et lecteurs du blog. Jean au travail, dans la boucherie familiale (photo non datée, sans doute prise dans les
24 avr.3 min de lecture


« Cher Grand-Père » (détour #13)
Le 1er novembre 2023, jour de la Toussaint, alors que j’attendais à la Gare de Lyon mon train pour Beaune, l’idée de m'adresser à mon grand-père, à ce moment précis, surgit en moi. Durant le trajet en train, je lui écrivis une lettre que je déposai sur sa tombe en arrivant à Beaune. Je la livre dans cet article. Elle éclaire d’un manière personnelle le travail que je réalise ici, - « mon éruption », pour reprendre une image que donne Nietzsche dans le Gai Savoir[1]. Enveloppe
23 avr.8 min de lecture


Un champion de marche sportive à Eger
Parmi les rencontres que mon grand-père a faites dans l’Allemagne de cette époque où des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses étaient déplacés, l’une d’elles a piqué ma curiosité. Dans une de ses lettres, il évoque un athlète marcheur, Jean Strunc. J’ai trouvé quelques informations sur cet « obscur », qui a marqué l’histoire de sa discipline et dont le parcours semble receler aussi quelques mésaventures. Photo extraite de l’hebdomadaire But-Club-le Miroir de
10 avr.3 min de lecture


La « Coupe » de L’Auto
À la première lecture des lettres de mon grand-père, une de mes surprises fut de découvrir que même en Allemagne et bien que son temps libre fût rare, il pratiqua le rugby, son sport favori . Tout comme les autres loisirs dont il parle dans ses lettres , cela me semblait contrevenir à l’idée que je me faisais de sa condition de travailleur forcé. Pas si contradictoire pourtant… car les activités sportives, si elles permettaient aux travailleurs de se divertir, étaient aussi c
5 avr.4 min de lecture


Le rugby de père en fils
Pratiquer le rugby en Allemagne n’était pas anodin pour mon grand-père. Et, pour moi, savoir qu’il y jouait, ne l’est pas non plus. Le rugby était une composante importante de sa vie et de son identité de jeune homme, puis de père. Importance qu’il a transmise à ses fils. En retour, le rugby est un lien avec mon grand-père. Le rugby, lieu de mémoire familiale et mémoire du lien. Équipe de rugby du Club Sportif Beaunois en 1948 (archives familiales). Jean est debout au 2 e r
5 avr.4 min de lecture


Le coltin
En argot, le coltin désigne le travail. Mon grand-père utilise ce terme à plusieurs reprises dans ses lettres. Exploiter la force de travail était la raison d’être des mesures de réquisition mises en place par l’Allemagne ou par les pays occupés, comme ce fut le cas en France. Dans cet article, je me penche sur les emplois et les conditions de travail de mon grand-père lors de son exil[1]. Atelier de fabrication de l'usine d'Eger (source B. Derelle et http://www.vrtulnik.cz/w
17 mars7 min de lecture


Les yeux de Monette* (détour #12)
La mémoire peut prendre des chemins détournés pour resurgir à la conscience et habiter le présent sous une forme reconnue et assumée. Je l’illustre à travers les articles de ce blog épinglés sous l’intitulé « Détours de mémoire ». La mémoire s’entortille même quelquefois en de joyeux méandres pour créer le plaisant décor de nos vies ordinaires qui le deviennent, de la sorte, un peu moins. Ainsi en va-t-il parfois d’un félin, lien vivant avec les morts. Monette La petite félin
21 janv.3 min de lecture


Karlsbad, Franzensbad, Marienbad, la vie en Bohême
« Il faut éviter certains mots devant un ancien requis. Le terme « loisir » est de ceux-là », écrit l’historien Patrice Arnaud dans la somme qu’il a consacrée aux STO [1] . Alors que les anciens requis se sont battus après-guerre pour que soient reconnues leurs souffrances, revendiquant en vain le statut de déporté, l’évocation des loisirs et du temps libre était taboue. Pourtant, ce fut une réalité. Les lettres de mon grand-père en témoignent, notamment lorsqu’il évoque
25 oct. 20253 min de lecture
