Un champion de marche sportive à Eger
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Parmi les rencontres que mon grand-père a faites dans l’Allemagne de cette époque où des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses étaient déplacés, l’une d’elles a piqué ma curiosité. Dans une de ses lettres, il évoque un athlète marcheur, Jean Strunc. J’ai trouvé quelques informations sur cet « obscur », qui a marqué l’histoire de sa discipline et dont le parcours semble receler aussi quelques mésaventures.

Très souvent dans le post-scriptum de ses lettres, mon grand-père transmet à ses parents le bonjour d'un de ses copains de chambrée Beaunois, ou bien il demande à sa famille de passer son bonjour à des connaissances en France. Le 23 octobre 1943, il écrit : « Donne aussi [le bonjour] à M. Gabriel de ma part et de la part d’un marcheur de Chalon [Chalon-sur-Saône, ville située à une trentaine de kilomètres de Beaune], Raymond Brunet, et de Jean Strunc, le champion alsacien qui est à Eger aussi. »
Un champion alsacien à Eger ? Dans quelle discipline ? Était-il fameux à cette époque pour que mon grand-père en parle ainsi ? J’ai cherché à en savoir plus sur ce Jean Strunc.
J’ai trouvé quelques informations sur internet. Jean Strunc est né en 1911. Il courait sur 50 km, 100 km, voire de plus longues distances. S’il s'est distingué à la fin des années 30 (notamment en 1938 en Bourgogne, où il a fini 3e d’un circuit de 200km et a été victorieux d’une course de 80 km Chalon-Louhans-Chalon, - ce qui explique peut-être que mon grand-père en parle comme du « champion alsacien »)[1], sa carrière sportive a vraiment décollé après-guerre. Il a été champion de France du 50 km en 1952. La même année, il a participé aux Jeux Olympiques d’Helsinki et terminé 21e[2].
De façon inattendue, la première occurrence que j’ai trouvée de lui dans la presse après-guerre n’a pas trait au sport, mais à un fait divers.
Le journal L’Echo du Centre-la Marseillaise dans son édition du 27 février 1947 rapporte, dans une brève intitulée « Arrestation d’un Tchécoslovaque », qu’à Saint-Léonard (ville de la Haute-Vienne), la gendarmerie a arrêté « le Tchécoslovaque Jean Strunc, 35 ans, ouvrier d’usine »[3]. Il était mis en cause dans une affaire de tentative d’avortement et fut transféré à Paris.
Était-il vraiment d’origine tchèque ou bien est-ce une erreur journalistique induite par le retour récent de Tchécoslovaquie du mis en cause ? Quels que soient le bien fondé et les suites judiciaires de cette arrestation, elle a vite été oubliée puisque deux ans plus tard, le même journal consacre un article à Jean Strunc, « Marcheur numéro UN du Limousin », célébrant un « beau champion »[4]. On y apprend que Jean Strunc est mineur à Saint-Léonard et licencié de l’union sportive locale depuis 1946-47 : « il accepte les servitudes de ce sport ingrat, sans public, sans ambiance, malgré un métier dur entre tous : celui de mineur. »






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