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Blog en mémoire de mon grand-père requis du travail forcé en Allemagne nazie de mars 1943 à mai 1945

Les « bons colis » de France

10 août
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 août

Les « légendaires colis », selon l’expression de l’historienne Helga Elisabeth Bories-Sawala[1], ont joué un très grand rôle, non seulement pour leur contenu matériel qui permettait de pallier le manque de nourriture sur place, mais aussi pour le lien affectif qu’ils représentaient avec la famille. Dans le récit familial, indirect et lacunaire, que ma grand-tante, mon père et mes oncles m’ont transmis de l’expérience de mon grand-père, l’importance des colis était d’ailleurs ce qui revenait en premier. Voici l’inventaire des biens et produits des « bons » colis reçus de France mentionnés dans les lettres de mon grand-père.


Liste du contenu d'un colis du 4 octobre 1943. Mon grand-père a ajouté de sa main : "Je viens de recevoir un colis à l’instant, il est au complet et tout est très bon."
Liste du contenu d'un colis du 4 octobre 1943. Mon grand-père a ajouté de sa main : "Je viens de recevoir un colis à l’instant, il est au complet et tout est très bon."

-        Pour la toilette et la santé : brosse à dent ; peigne ; bouteille de dépuratif ; cachets

-        Pour l’entretien du linge : lessive ; brosse pour laver le linge ; laine à repriser (pour recoudre chaussettes et culottes toutes déchirées)

-        Pour écrire : papier ; enveloppes

-        Un cadenas

-        Un portefeuille pour remplacer un ancien tout déchiré ; le nouveau arrive rempli de photos de la famille (lettres du 2 et du 24 juin 1943)

-        Vêtements : caleçon ; culottes ; maillots ; veste ; pull-over ; pardessus ; souliers ; souliers de rugby

-        Tabac

-        Alimentation :

-        Pain, miche

-        Lait, beurre

-        Confiture ; miel ; chocolat ; cacao

-        Boudoirs ; croquet (biscuit sec) ; petits beurres ; pain d’épice ; gâteau ; pain de Gêne

-        Bœuf fumé ; boîtes de veau ; lapin ; lard ; jambon ; saucisson

-        Gras (demande récurrente de sa part pour griller les patates), graisse de cheval

-        Boîtes de conserve ; haricots ; pâtes

-        Potage ; soupes de pois et riz ; velouté Heudebert

-        Kubs[2]

-        Bouteilles de vin, cherry, marc de Bourgogne « pour le matin, surtout que je suis enrhumé », (lettre 4 novembre 1943).

 

La plupart des colis lui sont adressés par ses parents. Il en reçoit aussi de la part de la famille élargie (Tante Henriette et Tante Louise), et d’amis, dont Robert Clot, son ancien camarade de STO rentré à Beaune à la faveur d’une permission, ou encore la sœur de ce dernier qui lui envoie boudoirs, chocolat et fiole de Cherry. Certains expéditeurs semblent être des connaissances plus éloignées comme les bouchers de Beaune ou une certaine Mme Lelong.

 

Les délais d’acheminement des colis sont variables et dépendent en partie des opérations militaires, à l’image de l’acheminement du courrier. Aussi leur régularité est-elle variable. Il arrive que Jean reçoive le même jour deux colis envoyés pourtant à deux semaines d’intervalle. Les délais peuvent aller jusqu’à un mois aux plus mauvais moments.

 

La voie postale n’étant pas toujours très sûre, le retour d’un permissionnaire est mis à profit pour acheminer un colis (lettre du 6 mai 1943).

 

L’état des colis à l’arrivée est sujet de préoccupation : ils sont parfois endommagés pendant le transport, voire ouverts[3] et font même l’objet de vols. L’historien Patrice Arnaud note que de nombreux procès ont été intentés contre des employés de la Reichsbahn (société de chemin de fer allemande) ou la Reichpost[4]. L’historienne Helga Elisabeth Bories-Sawala note, quant à elle, que « les coupables allemands, pris sur le fait, étaient passibles de punitions sévères ou de l’envoi sur le front de l’Est »[5].

 

Pour vérifier l’intégrité des colis, mon grand-père demande à ses parents d’ajouter systématiquement une liste du contenu[6].

 

Lorsque toutes les provisions issues des colis sont épuisées et qu’aucun nouveau colis n’arrive, c’est l’inquiétude.

 

En juillet 1944, on lui annonce que les colis sont supprimés (lettre du 6 juillet 1944). Heureusement, entre-temps, il a déménagé dans la ville de Asch où les conditions d’alimentation sont meilleures.




[1] Helga Elisabeth BORIES-SAWALA, Dans la gueule du loup. Les Français requis du travail en Allemagne, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2010, p. 120

[2] Sans doute les cubes de bouillon

[3] « Les boîtes de conserve étaient abîmés parce que les boîtes se sont dessoudées. » (08 août 1943) ; « Il n’y avait pas de date sur le colis. Il avait été défait. Comme vous ne me mettez jamais le contenu, je ne sais pas s’il manque quelque chose. » (7 juin 1943) ; « Rien ne manquait dedans car il n’a pas été ouvert » (28 avril 1943)

[4] Patrice ARNAUD, Les STO. Histoire des Français requis en Allemagne nazie. 1942-1945, Paris, CNRS-Biblis, 2014, p.281

[5] Helga Elisabeth BORIES-SAWALA, ouvrage déjà cité, p.120

[6]  « ce qu’il faudrait, c’est que vous mettiez une liste dans le colis avec le contenu ou bien que vous l’écriviez sur le carton en dedans » (30 mai 1943)

 
 
 

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