top of page
PHOTO UNE-2.PNG

Blog en mémoire de mon grand-père requis du travail forcé en Allemagne nazie de mars 1943 à mai 1945

Le rugby de père en fils

  • 5 avr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 avr.

Pratiquer le rugby en Allemagne n’était pas anodin pour mon grand-père. Et, pour moi, savoir qu’il y jouait, ne l’est pas non plus. Le rugby était une composante importante de sa vie et de son identité de jeune homme, puis de père. Importance qu’il a transmise à ses fils. En retour, le rugby est un lien avec mon grand-père. Le rugby, lieu de mémoire familiale et mémoire du lien.

Équipe de rugby du Club Sportif Beaunois en 1948 (archives familiales). Jean est debout au 2e rang, le 5e en partant de la gauche. Son frère Émile est au 1er rang, le 2e en partant de la gauche
Équipe de rugby du Club Sportif Beaunois en 1948 (archives familiales). Jean est debout au 2e rang, le 5e en partant de la gauche. Son frère Émile est au 1er rang, le 2e en partant de la gauche

Le club de rugby de Beaune - le Club Sportif Beaunois (CSB) - a été créé en 1922, année de naissance de mon grand-père. Il était une émanation de la société de gymnastique « La Beaunoise » constituée au tout début du siècle et dirigée par Jean Guiral (le stade de rugby à Beaune porte son nom).


Je ne pense pas que le père de Jean, Léon dit Émile, ait joué au rugby. En revanche, il était impliqué dans la vie associative de la ville[1] et aussi sportive[2]. J’en déduis qu’il devait être aux avant-postes de la création du club de rugby.


Je ne sais pas à quel âge Jean a commencé le rugby mais il devait être assez jeune. Son petit frère Émile, qu’il appelle Mimi ou Kékey dans ses lettres, y a joué également.


Quand Jean, alors requis dans les Sudètes, écrit à son père : « Nous avons une mince équipe de rugby avec des durs de la Côte basque-Languedoc. Enfin des lions, bien appuyés par les puissants bourguignons, n’aies crainte. » (6 mai 1943) : j’y lis une volonté de faire honneur à l’image qu’en attend son père.


Et quand il écrit : « Dimanche dernier, nous avons fait une partie de rugby, et cela reprend demain [dimanche]. Cela rappelle un peu le bon temps, mais après le mal, il manque l'apéro ou le petit canus [un petit canon, en argot un verre de vin] » (15 avril 1944), ou encore « : « Cela va donner et je vais être à mon article. J'ai repris ma place de pilier, nous sommes 2 Bourguignons. » (29 avril 1944) : j’y vois sa vision de la vie, de la « bonne » vie (y compris avec la 3e mi-temps).


A son retour d’Allemagne, il a continué à jouer au rugby, tout en travaillant.


Extrait du Bien Public du 28 décembre 1948 p.8 (Source : gallica.bnf.fr / BnF). Article qui relate la victoire de Beaune contre Tournus grâce à un essai, dans les 5 dernières minutes, de Demougeot (sans doute Jean ou son petit frère Émile)
Extrait du Bien Public du 28 décembre 1948 p.8 (Source : gallica.bnf.fr / BnF). Article qui relate la victoire de Beaune contre Tournus grâce à un essai, dans les 5 dernières minutes, de Demougeot (sans doute Jean ou son petit frère Émile)

Signe de la place qu’il accordait au rugby dans sa vie, Jean a donné à son fils aîné (mon père) le prénom d’un puissant rugbyman bordelais de l’époque, Alban Moga[3], dit Bambi, pilier comme mon grand-père, sélectionné plusieurs fois en équipe de France, et boucher-charcutier de son état. Mon père allait devenir quelques années plus tard boucher-charcutier lui aussi et a même hérité du surnom Bambi. Il n’a pas été sélectionné en équipe de France en revanche, même si les débuts étaient prometteurs !

Extrait du journal Le Bien Public (non daté, sans doute du milieu des années 1950 ; archives familiales). Alban, dit Bambi, le fils aîné de Jean, à droite avec le ballon
Extrait du journal Le Bien Public (non daté, sans doute du milieu des années 1950 ; archives familiales). Alban, dit Bambi, le fils aîné de Jean, à droite avec le ballon

Son deuxième fils, prénommé Jean comme lui, a foulé également la pelouse du stade Jean Guiral.

Extrait du Bien Public du 2 mars 1977 (archives du journal). Jean, le deuxième fils de Jean, accroupi, le deuxième en partant de la droite.
Extrait du Bien Public du 2 mars 1977 (archives du journal). Jean, le deuxième fils de Jean, accroupi, le deuxième en partant de la droite.

La tradition familiale de la pratique du rugby s’est un peu arrêtée là, du moins en ligne direct[4].


Même s'ils supportent le club de rugby de Beaune, mes cousins germains ne l'ont pas perpétuée, pas plus que moi-même dont le premier contact sur le stade Jean Guiral avec ce ballon ovale, rempli d’histoire, m'a laissé quelque peu perplexe…


Extrait du Bien Public ou du journal Les Dépêches (non daté ; sans doute 1977 ou 1978)
Extrait du Bien Public ou du journal Les Dépêches (non daté ; sans doute 1977 ou 1978)

[1] J’ai notamment retrouvé trace dans le journal local Le Bien Public du rôle d’administrateur joué par Léon dit Émile dans « l’Association fraternelle des Enfants de Saône-et-Loire habitant la ville de Beaune et l’arrondissement » en 1924, Le Bien Public du 24 mai 1924, p. 4

[2] En 1934, dans un autre article du journal, il est remercié pour sa contribution à l’organisation du déplacement de l’équipe de gymnastique de Beaune à Toulon, Le Bien Public du 19 août 1934, p.4

[3] Voir par exemple cet article sur un blog d'un supporter du Club de Bordeaux-Bègles, ou encore des articles de L’Équipe du 8 novembre 1946, ou encore du 31 décembre 1946 qui rendent compte des prouesses d'Alban Moga.

[4] Un petit-fils du petit frère de Jean, André, perpétue la tradition familiale et joue dans l’équipe 1ère du CSB.

 

 
 
 

Commentaires


bottom of page