Le rugby de père en fils
- 5 avr.
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Dernière mise à jour : 10 avr.
Pratiquer le rugby en Allemagne n’était pas anodin pour mon grand-père. Et, pour moi, savoir qu’il y jouait, ne l’est pas non plus. Le rugby était une composante importante de sa vie et de son identité de jeune homme, puis de père. Importance qu’il a transmise à ses fils. En retour, le rugby est un lien avec mon grand-père. Le rugby, lieu de mémoire familiale et mémoire du lien.

Le club de rugby de Beaune - le Club Sportif Beaunois (CSB) - a été créé en 1922, année de naissance de mon grand-père. Il était une émanation de la société de gymnastique « La Beaunoise » constituée au tout début du siècle et dirigée par Jean Guiral (le stade de rugby à Beaune porte son nom).
Je ne pense pas que le père de Jean, Léon dit Émile, ait joué au rugby. En revanche, il était impliqué dans la vie associative de la ville[1] et aussi sportive[2]. J’en déduis qu’il devait être aux avant-postes de la création du club de rugby.
Je ne sais pas à quel âge Jean a commencé le rugby mais il devait être assez jeune. Son petit frère Émile, qu’il appelle Mimi ou Kékey dans ses lettres, y a joué également.
Quand Jean, alors requis dans les Sudètes, écrit à son père : « Nous avons une mince équipe de rugby avec des durs de la Côte basque-Languedoc. Enfin des lions, bien appuyés par les puissants bourguignons, n’aies crainte. » (6 mai 1943) : j’y lis une volonté de faire honneur à l’image qu’en attend son père.
Et quand il écrit : « Dimanche dernier, nous avons fait une partie de rugby, et cela reprend demain [dimanche]. Cela rappelle un peu le bon temps, mais après le mal, il manque l'apéro ou le petit canus [un petit canon, en argot un verre de vin] » (15 avril 1944), ou encore « : « Cela va donner et je vais être à mon article. J'ai repris ma place de pilier, nous sommes 2 Bourguignons. » (29 avril 1944) : j’y vois sa vision de la vie, de la « bonne » vie (y compris avec la 3e mi-temps).
A son retour d’Allemagne, il a continué à jouer au rugby, tout en travaillant.

Signe de la place qu’il accordait au rugby dans sa vie, Jean a donné à son fils aîné (mon père) le prénom d’un puissant rugbyman bordelais de l’époque, Alban Moga[3], dit Bambi, pilier comme mon grand-père, sélectionné plusieurs fois en équipe de France, et boucher-charcutier de son état. Mon père allait devenir quelques années plus tard boucher-charcutier lui aussi et a même hérité du surnom Bambi. Il n’a pas été sélectionné en équipe de France en revanche, même si les débuts étaient prometteurs !

Son deuxième fils, prénommé Jean comme lui, a foulé également la pelouse du stade Jean Guiral.

La tradition familiale de la pratique du rugby s’est un peu arrêtée là, du moins en ligne direct[4].
Même s'ils supportent le club de rugby de Beaune, mes cousins germains ne l'ont pas perpétuée, pas plus que moi-même dont le premier contact sur le stade Jean Guiral avec ce ballon ovale, rempli d’histoire, m'a laissé quelque peu perplexe…

[1] J’ai notamment retrouvé trace dans le journal local Le Bien Public du rôle d’administrateur joué par Léon dit Émile dans « l’Association fraternelle des Enfants de Saône-et-Loire habitant la ville de Beaune et l’arrondissement » en 1924, Le Bien Public du 24 mai 1924, p. 4
[2] En 1934, dans un autre article du journal, il est remercié pour sa contribution à l’organisation du déplacement de l’équipe de gymnastique de Beaune à Toulon, Le Bien Public du 19 août 1934, p.4
[3] Voir par exemple cet article sur un blog d'un supporter du Club de Bordeaux-Bègles, ou encore des articles de L’Équipe du 8 novembre 1946, ou encore du 31 décembre 1946 qui rendent compte des prouesses d'Alban Moga.
[4] Un petit-fils du petit frère de Jean, André, perpétue la tradition familiale et joue dans l’équipe 1ère du CSB.





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